Les Rochers

La richesse de la vie, son essence, se sont ses surprises faites de découvertes, de rencontres. C’est en Basse Normandie, dans le département de la Manche, entre Bayeux et Saint-Lô que j’ai fait l’une des plus belles, des plus riches, des plus inattendues découverte et rencontre. Depuis le commencement ab initio de cette passionnante activité de Blogger éditorial, j’ai eu le plaisir de revenir à plusieurs reprises dans cette Normandie que je connais bien. Une région où l’Histoire le dispute au Patrimoine. Mais cette nouvelle visite pour cette seconde collaboration avec une Maison d’hôtes allait me gratifier d’une rencontre humaine dont aujourd’hui encore je ne mesure pas intégralement les ramifications. Une rencontre rare et généreuse.


Départ depuis la Gare Saint-Lazare, direction Bayeux d’où j’ai pu louer une voiture et me rendre dans le village de Cerisy-la-Forêt jusqu’au lieu-dit « Les Rochers » où se situe cet incroyable corps de ferme au nom éponyme, propriété de Susanna et Konstantin. Depuis nos premiers échanges, cette collaboration ne s’est pas tout à fait déroulée de manière classique. Susanna privilégiant le commerce humain plus direct, au sens noble du terme, elle m’a naturellement et rapidement proposé de communiquer par téléphone. Fait totalement rare et intimidant pour l’être farouche et timoré que je suis. Son idée avenante a pourtant eu pour effet d’établir d’emblée un échange humain spontané, chaleureux.
La route traversant la forêt domaniale de Cerisy-la-Forêt suscite dès les premiers hectomètres un ressenti particulier. C’est une réserve naturelle plantée majoritairement de hêtres au vert flamboyant à l’approche de l’été. La hêtraie se pare de tons jaune orangé dès l’automne venu. L’amoureux de nature que je suis, se sent déjà conquis.


Une fois le village de Cerisy traversé, je parviens jusqu’au lieu-dit de mon étape des deux prochains jours. Une pancarte sobre, fond blanc, lettrage noir ceint d’un cadre rouge rappelant le plan géométrique du corps de ferme, indique le chemin à suivre à la croisée de la route départementale: Les Rochers.

Mon pas empressé raisonne d’un bruit mélodieux en écachant le gravier. Mon regard très vite est attiré par l’arche de cet immense porche tout en pierre granite. Entrée bien magistrale pour un lieu qui l’est tout autant. Cet ancien Manoir du XVIe siècle révèle toutes ses splendeurs, toutes ses dimensions dès les premiers coups d’œil. C’est spectaculaire !Une spacieuse cour intérieure gravillonnée guide jusqu’aux différents corps de bâtiments qui en délimitent la longueur.

En son centre un écrin de verdure recouvert d’une pelouse impeccablement entretenue, garni d’arbres, d’arbustes, de buissons. J’aime la résonance de ce chemin caillouteux. Tout autour se trouvent des champs à perte de vue. Je retrouve ce qui déjà m’avait beaucoup plu via les photos glanées sur Internet. En vrai, c’est encore plus beau. Ce liant avec la nature directe si proche me séduit et me comble. Je suis sensible à la touche de modernité du design des tables et des chaises de jardin. Leurs formes et leurs couleurs en rouge et noir sont comme des touches de peinture apposées ça et là à l’ombre des chênes ou face aux prairies.


Susanna est là pour m’accueillir. Le charme perçu lors de nos différents échanges téléphoniques s’amplifie dès les premiers instants de notre rencontre. C’est avec bienveillance qu’elle m’invite à l’accompagner jusque dans « l’Auberge », le lieu de vie principal et commun aux Rochers. C’est en effet autour de cette ancienne grange laissée dans son jus que s’articulent les rencontres et les emplois du temps des journées des invitées, depuis l’heure du petit-déjeuner en passant par les heures de repas, puisque Les Rochers, c’est aussi une table d’hôtes, et jusqu’au coucher de soleil. L’immensité du bâtiment et ses volumes sont magnifiés par les notes de musique de Jazz du fond sonore finement choisi par la maîtresse des lieux. Je suis cueilli. Je me sens bien.

Cette immense bâtisse, telle une cathédrale agricole, baigne dans une lumière traversante aussi pénétrante que la chaleur d’amitié de mon amphitryonne. Entre ces murs, tout a été imaginé, conçu et réalisé à quatre mains. Susanna et Konstantin sont férus d’art et d’art de vivre et cela se voit autant que cela se ressent. Cette passion pour l’art poursuit Konstantin depuis sa naissance. Fils de l’immense peintre Hans Falk, l’un des peintres suisses modernes les plus importants et les plus influents, il a épousé et cultivé toute sa vie durant le beau et le bon goût. Sur les murs de leurs « Rochers », s’affichent les témoignages vibrants de la passion de ce duo inclassable. Un mélange de décor ultra contemporain, de ruines recomposées avec talent, de design moderniste.

Les chaises Le Corbusier côtoient une madone andalouse nichée chez une antiquaire de la région. Le bois s’harmonise au métal et témoignent de l’éclectisme brillant de ce couple hors normes. L’usure des pierres, la fluidité du béton, la qualité du carrelage, ici tout est beau.

Et que dire de cette idée aussi saugrenue que géniale d’avoir flanqué au beau milieu de la pièce un immense tableau contemporain, peint par l’un de leurs nombreux amis artistes, ici Beat Ris et Patrizia Meier, inspiré par un tableau de Renato Guttuso, peintre sicilien, représentant une scène d’étalage du Marché de Palerme « La Vucciria ». Une dédicace personnalisée parafe le tout. A vous de la trouver. Il sépare la partie à vivre de « l’Auberge » de la cuisine, lieu de prédilection de cet autodidacte génial qu’est Konstantin, artiste dans l’âme et grand cuisinier à ses heures, perfectionniste à souhait. Le tableau en question représente une scénette d’un étalage d’un poissonnier occupant dans son entièreté la quasi largeur de la pièce. Les couleurs et le style du tableau me font beaucoup penser aux œuvres de Brueghel l’Ancien ou le Jeune.


Cette passion pour l’art se retrouve dans chaque objet de décoration, dans chaque livre présent, dans chaque détail de rénovation, inscrivant ce lieu unique dans un style qui ne ressemble à aucun autre, lui donnant une personnalité forte, raffinée, délicate, nullement imposante. Un mode de vie très personnel tout simplement.
Susanna me propose un thé de la Maison Mariage Frères. Un thé vert à l’amande délicieux. L’occasion d’échanger et d’apprendre à nous connaître. Je partage à brûle pour point mes premières impressions et complimente mon accompagnatrice. L’Auberge est très bien agencée, très bien aménagée, parfaitement restaurée dans le respect du passé, laissant apparaître, brute, la beauté des matériaux d’origine que sont la pierre et le bois. Sa hauteur sous plafond est incroyable.

Nous avons plein de sujets à développer Susanna et moi. Alors que nos échanges se font plus liant, que le charme opère entre nous, que l’entente se fait immédiate, l’atmosphère à l’unisson se transforme, le temps à l’extérieur change. Et voilà qu’un rayon de soleil transperce les nuages chargés par la pluie de printemps, traverse la pièce de sa nitescence toute normande. C’est aussi cela la Normandie, c’est tout ce que j’aime, ce ciel fiévreux changeant, le vert de ses prairies si dense.

Je me sens bien ici dans ce coin salon de l’Auberge aménagé avec tant de goût, confortablement assis sur d’épais canapés Le Bambole, design Italiens des années 70. Emotion palpable au moment où Susanna me parle des coussins dont la broderie a été faite par sa Belle-Mère. Elle me confie ingénument que c’est en voyant l’une de mes photos sur Instagram, au graphisme et aux couleurs lui rappelant ce même coussin, qu’elle prit la décision d’accepter notre collaboration. Confidence bien émouvante. Le luminaire kaléidoscope, palanquin en papier japonais ou « Washi » de la créatrice Céline Wright apporte une touche aérienne et poétique à l’éclairage façonné.


Sur les conseils de mon hôte, j’ai choisi de séjourner dans la chambre 4 ou « La Quatre ». Déjà repérée sur quelques photos du compte Instagram des Rochers, la baignoire en forme de coquille entourée d’un décor tout en pierre avait interpellé mon attention. La fenêtre filtrant directement la lumière du jour en prenant son bain avait achevé de définir mon choix. Susanna me propose de m’accompagner jusque dans ma chambre. Nous voilà franchissant la cour centrale pour rejoindre le corps de bâtiment opposé à l’Auberge. Très vite, je me rends compte que nous ne sommes pas seuls et que nous sommes suivis. Je semble intriguer les autres résidents permanents aux Rochers: le chien Milo, Basile le chat ainsi que leurs autres compagnons à quatre pattes qui ne rechignent plus à se montrer maintenant que la pluie a cessé. Je voue une passion pour les chats. Rien d’étonnant à ce que ce petit groupe d’amis qui va très vite m’adopter, se sente bien ici.


Après avoir passé la porte d’entrée de La 4, se dévoile un immense hall aux volumes atteignant les hauteurs de la toiture soutenue par la charpente apparente laissée brut, dans son jus de construction.

Les matériaux nobles dominent tels que le bois, la pierre, le fer et le verre, anoblis par quelques tableaux posés aux murs et un canapé banquette ressemblant aux banquettes duos d’un ancien théâtre, velours rouge. Vous l’aurez compris, l’art, c’est la pâte de la maison.

Ce hall est accessible via deux entrées, côté cour et côté champ, composées de grandes baies vitrées. Un escalier central, façon loft, permet d’accéder à l’étage où se situent deux chambres en continuum.

Au rez-de-chaussée la pièce à vivre, l’espace de détente qui fait également office de fumoir (des cigares et quelques alcools en accès libre sont proposés. Un « Honesty Bar » convivial), de salle de jeu avec son snooker, d’espace dédié à la musique avec une sélection de vinyles et de CD et puis des étalages de livres d’art, de romans révélant l’impressionnante culture des maîtres des lieux. Sur les murs de pierre, des tableaux et encore et toujours de l’art, des masques africains, des sculptures contemporaines, des dessins et ce panneau en bois provenant d’un moucharabieh ancien, chiné chez un antiquaire de Caen. Konstantin, qui a étudié les sciences islamiques et l’arabe ancien, n’était pas resté insensible à son symbolisme. Pour les non-initiés dont je fais partie, vous trouverez des livres sur Hans Falk dont l’ombre tutélaire plane sur les lieux.


J’aime la luminosité du hall, les dimensions et l’esprit industriel de la cage d’escalier menant à l’étage. Ma chambre, telle une acromégalie architecturale, est tout simplement immense: 90m2 ou la totalité de la longueur du corps de bâtiment dans lequel elle a été aménagée. Via une passerelle qui lui fait face, on rejoint une seconde pièce servant de bureau ou de deuxième chambre pour les grandes familles. Tout est lumineux, avec vue à 180° aussi bien sur la ferme que sur les champs environnants. La nature, toujours. Ma chambre dégage une hauteur démesurée sous les toits.

Son espace, son agencement, ses touches de couleurs me parlent. D’autres détails retiennent mon attention comme cette ancienne voiture à pédale pour enfant, jouet de collection, d’un rouge vif contrastant avec le muret de ciment gris servant de délimitation entre l’espace chambre et l’espace salle de bain. Il me fait penser à un paravent-cloison qui par ses dimensions se fond parfaitement à l’ensemble. Sur ce muretin central, un tableau non figuratif peint par Hans Falk, ainsi qu’un interstice en brique de verre transparent ondulé. Parquet de bois à effet rustique pour le sol renforcé par un tapis berbère coloré.

Quatre fenêtres de toit viennent accentuer l’ambiance déjà lumineuse des fenêtrons et des fenêtres d’origine. Une telle disposition offre une multitude de vues différentes pour pouvoir profiter de la lumière variante du levant jusqu’au couchant. De jolis stores enrouleurs occultants permettent de conserver une certaine intimité à toute heure du jour ou de la nuit.


La décoration épurée parvient à procurer une impression intimiste à ce lieu qui pourrait sembler ostensible. Chaque objet occupe son juste emplacement pour que l’on s’y sente chez soi. Chacun à sa manière nous raconte son histoire, son passé. Près du tapis, face au lit, un canapé jouxte le coin repos dédié à la lecture, à la discussion que deux fauteuils et une table basse aux lignes années 30 invitent à s’approprier.

Et si par le plus grand des hasards, vos instants de palabre venaient à manquer de chaleur, un poêle est à disposition pour réchauffer tout type d’ambiance. J’adore. Tout le petit nécessaire servant à allumer le feu est présent. Un autre grand tableau au symbolisme sybarite trône dans ce recoin, participant à créer une ambiance chaleureuse dans cet espace qui de prime abord pourrait sembler bien olympien. Une autre oeuvre de Hans Falk couvrant sa période londonienne. Le recoin couchage attend patiemment ses visiteurs du soir. Son armature métallique le rend d’un confort particulier. J’aime le banc en planches de bois et structure de métal associé, formant une banquette pied de lit des plus appréciables.


Passons de l’autre côté, dans la salle de bain, ouverte sur la chambre par ses deux côtés. Une véritable pièce à vivre où siège en bonne place la baignoire îlot, face à la fenêtre au pied du mur de pierre qui à lui seul est une oeuvre d’art. L’instant bain promet des instants magiques. Un joli portant à serviettes ancien a trouvé sa place, attenant, bien pratique au moment de sortir du bain. Sur le muret en face un grand meuble sous vasque, parfait pour étaler ses effets personnels mais aussi le sèche-serviettes électrique effet rétro noir. Accroché là, il est une oeuvre d’art à lui seul. Une douche vitrée à petite faïence rouge pour les pressés du matin. La pièce, c’est à noter, a été entièrement conçue par nos deux propriétaires artisans. Le résultat est non seulement détonnant mais également et surtout étonnant de qualité. Attenant à la douche, séparé par un mur, un espacement dressing très bien réfléchi avec sa petite fenêtre attitrée.

Une seconde pièce, séparée de la principale et accessible via une passerelle, se trouve à l’autre bout du bâtiment. Il s’agit d’une seconde chambre aménageable pour les membres d’une famille nombreuse. Un cheval de bois ancien pose sur la fenêtre du corridor d’accès. Un ensemble de meubles années 30 de style Art Déco retient mon attention, tel ce bar anglais en ronce de noyer de toute beauté et son bureau assorti. Aux murs, des tableaux, des esquisses, des photographies et cette pancarte ancienne à la touche décalée et à l’effet Pop « Gasoil Shell » apportant une touche vivante. Elle fut découverte par hasard dans l’une des granges et restaurée avec brio C’est encore une autre belle pièce lumineuse et spacieuse offrant une perspective d’angle nouveau sur les prairies à perte de vue.

La beauté du lieu se suffit à lui-même. Pourtant, Susanna et Konstantin ont su très judicieusement lui apporter des touches d’embellissement ampliatives. La magie ingénieuse de ce couple : savoir donner aux plus petits objets, même les plus courants de notre quotidien, une vie, une âme, une étoffe, une authenticité. C’est sobre, c’est épuré, c’est brut, c’est généreux. C’est tout ce que j’aime. C’est tout ce qui va me permettre de passer des jours prochains bienheureux. Je le pressens.

Je me sens bien ici, la belle lumière Normande est encore là, entre quelques averses, le soleil du cru normand se fait généreux. J’enfile une tenue de circonstance, des bottes en caoutchouc et une veste imperméable jaune de la marque « Rains » pour aller faire quelques clichés dans les prairies et sauter dans les flaques d’eau. Je croise mes hôtes bienveillants affichant un doux sourire complice et amusé. Ils doivent s’interroger : qui est ce fou joyeux coloré ?


Après ce bol d’air au milieu de la nature environnante, rien de mieux que de paresser et de s’adonner à de doux plaisirs velouté et soyeux confortablement installé dans ma chambre. Le poêle commence à bien réchauffer la pièce. Le doux crépitement des bûches se fait entendre. Détente autour d’un thé pendant que coule l’eau du bain. Immersion totale dans la chaleur des vapeurs. épaisses qui se répandent dans l’air.

A disposition, les produits de bains de la marque Green Lab, écolabels testés dermatologiquement : le 01 ou gel de corps et cheveux ; le 05 savon liquide mains. Comme la soirée est douce sous l’éclat filtré du jour couchant se projetant dans toute la pièce. Enveloppé dans le reposant silence de la campagne riveraine, le dîner de ce soir se fera autour du poêle. Soirée suspendue. 

Aux Rochers, le petit déjeuner est inclus dans le prix pour les occupants des chambres. Il se prend à l’Auberge entre 8h30 et 10h30 dans une formule classique revisitée par notre duo jamais en manque d’innovation, enrichi avec des produits régionaux respectant les saisons.

Chaque jour, Konstantin propose selon l’inspiration et les produits disponibles, deux petites gourmandises, l’une sucrée et l’autre salée. Ce matin, j’ai juste la cour à traverser pour rejoindre l’Auberge. C’est agréable. Susanna, douce et souriante, assure l’accueil et le service. Les tables déjà dressées, bois et métal combinés, ont également été conçues par les propriétaires décidément surprenants.

Sur un pan de mur entier s’élèvent des étagères où s’alignent des livres de cuisine et sur l’Art culinaire. Ambiance agréable autour du poêle, bercée par la musique en fond sonore.

Sur la table, corbeille de pain et viennoiseries, sélection de confitures. Service de porcelaine blanche éclatante et sobre. Sur de petits plateaux en ardoise sont servis du muesli posé sur fromage blanc aux fruits rouges, des verrines de salade de fruits maison. Pour le salé, jambon de la Forêt Noire, tome de brebis et camembert normand. Des oeufs pochés en verrine au poivre de Madagascar, saumon mariné, jus frais pressés maison, au choix à l’orange ou au pamplemousse.

Après le petit déjeuner, Susanna me propose de visiter les autres chambres de la Maison d’hôtes. Curieux de nature, je suis empressé de découvrir la personnalité de chaque chambre. Je débute par la Trois, 70m2 en rez-de-jardin aménagés dans le même bâtiment que ma chambre.

Des volumes toujours aussi impressionnants, pierre apparente, carrelage de grès au sol dont la tonalité de gris s’accorde parfaitement avec les gris des murs, du canapé Bergère et du tableau accroché juste au-dessus. Et puis ce poêle, toujours, probablement l’élément que j’aime en premier. Dans l’entrée un coin salon avec un magnifique ensemble composé d’une chaise longue et d’un fauteuil du Corbusier placés sur un tapis écru à poils longs. Impossible de passer à côté de la pièce maîtresse de la chambre, sise tout près du lit, une sculpture représentant un flamant rose fait de métal récupéré et de pièces détachées d’une moto. L’oeuvre est signée de Benoit Tabary. Le corps de l’oiseau est ici moulé dans le réservoir d’une Honda. Ingénieux et détonant.

Je poursuis ma visite avec la Une, une chambre en duplex située dans le même corps de ferme qu’occupent les propriétaires mais possédant sa propre entrée indépendante. Près de 50m2 répartis sur deux niveaux. Je craque pour le salon avec sa cheminée plein pied en pierre de taille. On accède à l’étage par un petit escalier pour rejoindre la chambre et sa salle de bain. C’est aménagé telle une petite maison particulière.

Je termine par La Deux dont l’accès se fait par le côté opposé à l’entrée des précédentes chambres. Elle est accessible par une terrasse privée dominant le panorama de la nature environnante. Cette chambre absorbe aussi beaucoup mon attention de part sa belle salle de bain avec grande baignoire rectangulaire, son poêle, ses belles poutres blondes, son petit canapé, son secrétaire années 30 ravissant très rare, fermée par une petite vitrine, sa commode, son tapis. Cette chambre respire la vie, le confort, la chaleur.


Il faut savoir que trois de ces chambres sont aménagées dans une même et unique bâtisse alors que l’une d’entre elle est contiguë au corps de bâtiment dans lequel Susanna et Konstantin ont installés leurs propres appartements privés. Cela donne une idée de la colossale architecture des lieux et de l’ampleur de la tâche de transformation à laquelle nos deux géniaux artisans artistes ont dû faire face en acquérant ces murs . Le résultat est à la démesure de leurs talents conjugués.

Alors que le petit déjeuner se prolonge au-delà de l’horaire officiel, les échanges avec Susanna, aussi divers que variés, se font sous une accointance chaleureuse. A la faveur de certaines de mes questions appuyées, elle comprend rapidement mon intérêt pour les antiquités disséminées un peu partout dans les chambres et dans cette salle où nous nous trouvons. Voilà qu’elle me suggère d’aller jusqu’au village de Cormolain, à une vingtaine de minutes de Cerisy, et de rendre visite à une antiquaire, me promettant une rencontre singulière. L’enthousiasme de son ton, l’engouement de sa description du lieu achèvent de me décider de suivre les recommandations de ma conseillère. Je ne peux résister, j’irai donc cet après-midi même découvrir les trésors décrits par Susanna et détenus par cette antiquaire.

Mais avant cela, ce matin, pour assurer une bonne digestion et m’aérer un peu, j’ai prévu une balade le long des sentiers pédestres balisés tout autour de la ferme.
A Cerisy-la-Forêt, les chemins creux sont aussi célèbres que son Abbaye. Ils se greffent aux racines d’arbres et au lierre dans une toponymie telle qu’on a l’impression qu’ils sont creusés. Chaussé de mes bottes étanches, me voici parti à la découverte de cette flamboyante campagne.

Tout est fleuri en ce mois de Juin. De grandes digitales si reconnaissables jonchent les bas-côtés. Le pourpre des corolles de leurs fleurs contraste avec le blanc des marguerites et le vert des feuillages. Ces chemins creux sont spectaculaires, de véritables tunnels de verdure, tels des vortex dans lesquels on se laisse perdre. Cela me rappelle la féerie des films de Tim Burton. Régulièrement les rayons du soleil transpercent la canopée organique et dévoilent une étonnante variété de dégradés de teintes Je m’amuse dans les flaques d’eau.


Sur mon parcours, une rencontre aussi dépaysante qu’impromptue : une jument et son jeune mulet. Ils paissent paisiblement à l’abri des regards dans l’une des prairies que je traverse. Je m’attarde. Mon émotion les intrigue. Ils sont craquants. Je les appelle. Leur curiosité finit par l’emporter sur leur timidité et les voilà qui viennent à ma rencontre. Ils s’ébrouent, semblent aussi enthousiasmés par cette rencontre que je le suis. Instants de vérité, de simplicité, de beauté. Je les caresse. Ils se prêtent au jeu de la photo. Je les filme. Ni eux ni moi ne semblons vouloir interrompre ces minutes gracieuses. Et puis chacun reprend le cours de sa journée.

Retour rapide dans ma chambre pour me changer, puis direction Cormolain. Mon rendez-vous chez la brocanteuse mystérieuse est pris. La route pour s’y rendre traverse ce bocage normand si reconnaissable, bordée de haies bocagères, faite de promontoires d’où les panoramas méritent que l’on s’y arrête le temps d’une appréciation.


C’est dans l’ancien Presbytère du village, situé dans la rue du même nom, à deux pas de l’église entourée de son cimetière, que se cache « la Brocante Cormolain ». Un décor de carte postale m’attend en découvrant cette superbe demeure digne d’une résidence de châtelain. C’est en longeant le chemin de côté que je suis accueilli par une charmante dame, la silhouette frêle mais la démarche leste, le visage enjoué, la chevelure argentée. On sent chez cette femme une assurance bienveillante, emplie de bonnes intentions.


L’endroit est beau, composé de trois bâtiments d’origine, étagés sur deux niveaux, laissés tels quels depuis que Monsieur le Curé a quitté les lieux il y a longtemps. Tous les objets composant cette caverne des merveilles y sont exposés et rangés d’une manière insoupçonnablement ordonnancée. L’ingénieuse régisseuse des lieux se révèle dès nos premiers échanges d’une courtoisie rare. Sa passion pour ce qu’elle nomme son passe-temps est vibrant et communicatif. Ses connaissances sur chacun des plus petits objets disposés un peu partout lui permettent de vous en raconter l’origine et le passé. Je découvre une femme délicate, intelligente, cultivée.


Nous communiquons bien. Je lui demande donc si je peux accéder au fameux « boudoir » dont m’a parlé Susanna, véritable royaume de vêtements où se répartissent sous mes yeux ébaubis chapeaux en tous genres, dentelles, mailles, sacs, malles, accessoires, bijoux, manteaux, tissus, tapis, meubles. Un rêve. Rarement dévoilé, il vous faudra gagner la confiance de Charo Renouf pour entrer ici. Je me sens dans mon élément. J’enfile tout ce que je trouve ou presque. Selon mes envies, Charo Renouf, monte sur des escabeaux, passe d’un rayon l’autre et dégote des miracles. Emporté dans un même élan, je tombe sur une perle rare : un ensemble en coton caleçon et chemise aux poignets mousquetaires de Jeanne Lanvin. Initiales de l’acquéreur d’origine brodées. Splendide ! Madame Charo sait ajuster des prix abordables pour chaque objet. Avant de repartir, j’emporte, pour un prix dérisoire, une très belle tasse et sa soucoupe de petit déjeuner datant du milieu du XIXe siècle. Une pièce très rare.


Mon guide me sent passionné par tout ce que je vois. Je lui confie mon expérience dans une Maison de Haute Couture et lui parle de ma formation en tant que « petite main ». Elle me montre des dentelles, des jupons en tulle, en soie, des crinolines qu’elle appelle « de la poudre de tulle, de la poudre de dentelle ». C’est tellement poétique. Elle décide que nous ne pouvons pas nous quitter sur un simple au revoir. Elle improvise une pause thé dans son jardin, sous un soleil ragaillardi, sous la douce compagnie de son chat. Il me tarde déjà de retourner à Cormolain et de retrouver Charo Renouf et ses étales aux merveilles.


Juste avant de rentrer aux Rochers, un détour par Balleroy pour y découvrir son Château, son parc, son église.


Ce soir, Susanna et Konstantin m’ont invité en privé à dîner. Je suis évidemment très touché et ravi de pouvoir faire plus ample connaissance avec mes deux hôtes. La soirée débute au champagne. Nous partageons notre journée dans des échanges d’anecdotes sémillantes. Le rire et la bonne humeur président à cette soirée. Et puis l’imprévisible et le magique surgissent. Alors que nous allions passer à table, sous nos yeux, rien que pour nous, deux biches traversent la clairière avec en toile de fond le ciel du crépuscule naissant, à quelques dizaines de mètres de la maison. Tableau surréaliste que nous nous empressons d’immortaliser.


La table est dressée près du poêle avivé. Au menu ce soir, simplicité et saveur. En entrée carpaccio de jambon, parmesan, roquettes.

Le plat chaud est juste succulent : pommes de terre, fèves, haricots blancs, crevettes, fenouil sauvage, assaisonné à l’huile d’olive et saupoudré de poivre de Madagascar.

La soirée s’est prolongée jusque tard, alternant les instants de palabre, la dégustation des plats accompagnés au champagne. Les langues ont pu se délier, des liens se nouer, des amitiés franches se créer. Un très bon et très beau moment. Une qualité d’accueil et une chaleur d’amitié qui m’ont profondément touché. Des heures suspendues.
Le temps de traverser la cour. Bonne nuit.


Ce matin, le ciel normand semble encore vouloir s’adapter à une journée qui s’annonce toute en découverte. Pour laisser souffler un peu mes deux hôtes, nous avons convenu d’un horaire plus tardif pour le petit-déjeuner. Comme la veille, il est placé sous le signe des produits frais et sous l’inspiration de Konstantin toujours renouvelée.


Susanna me propose de pouvoir découvrir le gîte disponible à la location à la semaine. Ses derniers occupants sont partis ce matin même. Une chance de pouvoir faire quelques photos dans cette véritable maison cosy, indépendante des autres corps de bâtiment mais s’inscrivant dans son enceinte architecturale commune.

Dès les premiers coups d’œil, j’ai un véritable coup de cœur pour l’aménagement de cette maisonnée. Grandes fenêtres et portes fenêtres ouvrantes, salon et coin bibliothèque s’articulant autour du poêle, ameublement et tableaux de même couture et de même acabit que les chambres précédemment décrites. Le rez-de-chaussée se prolonge par une cuisine toute équipée dont la table ronde centrale retient mon attention. L’accès à l’étage se fait depuis celle-ci. Un coin bureau et dressing mène à la chambre en passant devant la salle de douche. J’aime le petit secrétaire et le miroir vénitien. Le gîte jouit d’une terrasse privative côté prairie. Les repas peuvent s’y prendre aux beaux jours.


Tellement de choses à faire ici aux Rochers. Tellement de choses à découvrir autour des Rochers. Susanna le ressent bien. Elle me propose spontanément et généreusement de rester une nuit additionnelle. Je suis touché. Comment refuser ? D’autant plus que je voudrais satisfaire ma curiosité en allant jusqu’à Granville visiter sa forteresse de défense du Mont Saint-Michel ainsi que son Musée Christian Dior. Une double occasion aussi pour découvrir la Mer.


Sur la route, je ne peux m’empêcher de m’arrêter dans des champs de coquelicots sur fond de mer couleur topaze et de ciel cotonneux. L’association du rouge coquelicot, du bleu gris d’arrière-plan est surréaliste.

Les faubourgs de Granville s’annoncent. Me voici devant la Maison d’enfance du grand couturier Monsieur Christian Dior. Elle se dresse sur les hauteurs de la ville, posée sur la crête d’une falaise, face aux îles anglo-normandes. Construite à la fin du XIXe siècle, elle doit son nom, Les Rhumbs, à l’analogie des 32 points d’une rose des vents, symbole reproduit dans une mosaïque ornant le sol de l’une des entrées de la Villa.


Les parents de Christian Dior acquièrent en 1906 cette maison bourgeoise sise au sein d’un parc protégé des vents qu’ils vont agrémenter d’un jardin d’hiver. En 1932, peu après la mort de Madeleine Dior, la mère du couturier, son père, Maurice, joueur de Casino invétéré, est ruiné à la suite de mauvaises affaires. La propriété est alors mise en vente. Achetée par la ville de Granville, son jardin sera ouvert au public dès 1938.

Le jour de ma visite et ce jusqu’au 5 janvier 2020, j’ai pu profiter de l’exposition « Grace de Monaco: Princesse en Dior ». L’actrice fétiche d’Alfred Hitchcock est devenue Princesse de Monaco en 1956 à la suite de son mariage avec le Prince Rainier III. Dès sa rencontre avec le Prince, Grace montre un goût tout particulier pour les créations Dior. Riche d’une sélection d’environ 90 robes issues de sa garde-robe précieusement conservée au Palais de Monaco, l’exposition se déroule dans chaque pièce de la Maison Dior. Vous y trouverez aussi des croquis de Marc Bohan pour la Maison Christian Dior. Marc Bohan est un grand couturier français ayant passé une trentaine d’années chez Dior en tant que Directeur artistique de la Haute Couture.

La maison d’enfance de Christian Dior en elle-même est magnifique, de taille modeste mais d’aspect noble, couverte d’un crépi rose très doux qui en fait son particularisme. D’emblée il interpelle le visiteur.

Depuis le Musée Christian Dior pour me rendre au centre de Granville, je décide de prendre le chemin côtier pédestre qui descend le long de la falaise et emprunte la plage. Des panoramas somptueux m’y attendent. Granville est une station balnéaire très courue, en été comme en hiver. Parfois surnommée la « Monaco du Nord » de part sa situation, construite sur un promontoire rocheux, elle mérite le détour. Son Casino situé au pied de la plage, combine un style rappelant un Palais indien de part son extérieur et l’Art Nouveau de part son intérieur. Si la ville comprend plusieurs quartiers, je me suis attardé sur ses hauteurs et dans son cœur historique logé derrière des remparts médiévaux. Fabuleux.


De retour aux Rochers, mon lieu-dit, cet endroit que j’affectionne tant, où je me sens tellement bien, où il fait bon se reposer, se ressourcer une fois la journée de visite terminée. Susanna prend le temps de m’interroger et de partager ses propres impressions sur mes choix de balade du jour. J’aime ses avis analytiques toujours développés, détaillés, précis. Un réel plaisir d’échanger auprès d’elle.


Ce matin après mon dernier petit-déjeuner, Konstantin me fait l’honneur de me donner accès à sa cave. Une cachette dans la lignée des lieux. Ladite cave est plutôt un cellier occupant en rez-de-chaussée une partie du bâtiment non encore entièrement rénové des Rochers. Un bijou de local aménagé, en auriez-vous douté, avec les mêmes soins que tous les autres espaces du corps de ferme : murs minimalistes, sol en dallage de briques et béton brut, portes d’accès aux différents magasins intérieurs d’origine faites de bois et d’armature en métal laissées telles qu’elles. Même dans ces pièces, l’art y trouve sa place. A la fois dans la manière de disposer les casiers et rayonnages à vin, mais également dans l’accrochage de ce tableau spécialement réalisé pour la cave. A découvrir exclusivement sur demande. Konstantin est ici dans son élément. Il bichonne son lieu-dit. Un plaisir de le voir évoluer dans son univers tout secret. Il est possible d’acheter pour emporter ou pour accompagner vos repas les vins proposés par la table des Rochers. Une gamme bio est disponible.


Partir pour mieux revenir, dit l’adage. Pour ma part, je n’ai jamais aimé les au revoirs. Au moment d’échanger quelques effusions et accolades, je ressens l’émotion qui nous étreint, Susanna, Konstantin et moi. Quelques mots, quelques regards y suffiront. Le Cancer que je suis vient de trouver son rocher d’attache, celui sous lequel, presque quatre jours durant, il aura trouvé refuge. Les mots n’y suffiront pas mais ça n’est jamais banal de dire merci. Merci donc à vous deux, chère Susanna, cher Konstantin. Merci pour ce que vous faites, merci pour ce que vous êtes. Et sans ambage, bravo pour votre belle création qu’est « Les Rochers ». A bientôt !

Les Rochers – Lieu-dit Les Rochers – 50680 Cerisy-la-Forêt – Tel: +33.6.74.82.80.68 https://www.lesrochers.online

Brocante Cormolain – 2 rue du Presbytère – 14240 Cormolain – Tel: +33.2.31.97.03.97 http://brocantecormolain.free.fr

Musée Christian Dior – 1 rue d’Estouteville – 50400 Granville – Tel: +33.2.33.61.48.21 http://www.musee-dior-granville.com

Office de Tourisme Granville Terre et Mer – 2 rue Lecampion – 50400 Granville – Tel: +33.2.33.91.30.03 – https://www.tourisme-granville-terre-mer.com

Office de Tourisme de La Manche – Maison du Département – 98 route de Candol – 50000 Saint-Lô http://www.manchetourisme.com

Normandie Tourisme – http://www.normandie-tourisme.fr

                                                     
   

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