À la Une

Le Cloître

Mon périple à Arles n’en finit pas de m’émerveiller. C’est en arpentant les petites ruelles secrètes du cœur historique que j’aime tant, que je pars à la découverte de l’hôtel Le Cloître, l’autre adresse des Maisons d’Arles. A la faveur d’une flânerie stimulante me voici dans la rue portant son nom, la rue du Cloître, arrivant devant cette maison de ville de plus de huit siècles.

L’hôtel offre 19 chambres. L’endroit est on ne peut plus charmant et typiquement provençal, logé dans une ruelle calme avec terrasse surélevée à l’ombre d’un Paulownia centenaire, majestueux, entouré de plusieurs tables et chaises affectées à l’Epicerie, le restaurant de l’hôtel, une belle adresse pour trinquer et dîner.

Je m’apprête à pénétrer dans ce bâtiment nourri d’architectures successives depuis le Moyen Âge, une vigne vierge grimpe sur la façade et court autour et le long des fenêtres, c’est beau, tout comme j’aime.

La bâtisse est construite telle une vraie maison avec son escalier central en tomette et bois distribuant les chambres, le sol de l’entrée est nappé de mosaïque mise en valeur par un bleu turquoise recouvrant les murs. Un beau fauteuil en rotin a trouvé sa place, l’ensemble est beau, sobre et lumineux.

La réception se situe sur la droite en entrant. L’accueil du personnel est agréable aussi bien de la part de la gouvernante, que de la directrice présente pour l’occasion. Manon, qui est ce jour-là à la réception, prend en charge les formalités d’enregistrement.

La pièce est superbe, tonique, colorée par de grands tableaux accrochés au-dessus d’un grand canapé d’éclat anis courant tout le long d’un pan de mur, garni de coussins aux motifs contemporains. C’est chaleureux, on se sent comme chez des amis, dans une maison d’amis, c’est intime et intimiste. La lumière naturelle se faufile dans la pièce par de grandes fenêtres percées de chaque côté.

Des fenêtres habillées de tentures aux nuances de vert. Une belle grande table trône dans un coin de la pièce, des livres y sont posés çà et là ainsi qu’un gros bouquet de fleurs. Au plafond un très grand luminaire qui joue d’une très belle géométrie éclaire le sol habillé d’une mosaïque de toute beauté.

L’hôtel Le Cloître, un lieu redécoré avec goût, subtile mélange de tradition provençale et d’esprit contemporain. Designé par l’architecte décoratrice India Mahdavi, de la couleur, du mobilier à l’esprit vintage, associé à des éléments traditionnels provençaux d’origine pour un résultat expressif magique et singulier.

India Mahdavi est une architecte designer française d’origine irano-égyptienne. Elle débute sa carrière dans les années 1990 et développe à travers ses projets d’architecture d’intérieur un style associé à une certaine vision du bonheur et de la couleur. Depuis, son succès international l’a amenée à travailler avec Maja Hoffman, le groupe Beaumarly, la maison Valentino, la maison Ladurée.
Elle conçoit et dessine des résidences privées à travers le monde mais également des hôtels, des restaurants et des boutiques.

Si vous poussez la curiosité jusqu’à prolonger votre visite en longeant le couloir donnant sur une cour intérieure, vous y trouverez tout au fond, passée l’arcade en pierre brute de plusieurs siècles d’âge, un espace pensé pour se mettre en retrait, lire ou travailler au calme. C’est aménagé dans un esprit années cinquante du plus bel effet, très inspirant pour faire quelques photos et prendre la pause.

Le sol dans un mélange de ciment et de grains caillouteux s’harmonise à la pierre d’origine et aux poutres apparentes. Le vert pomme des rideaux renforce le bleu camaïeux patiné du mur au charme rétro. Le mobilier en rotin apporte une légèreté à l’ensemble finement garni. J’ai aimé jouer avec la lampe à l’abat-jour effet ployé ainsi qu’avec l’imposant bouquet de fleurs tout autour de la table et des bancs aux angles arrondis. La bibliothèque murale, tant photographiée et mainte fois exposée sur les réseaux sociaux, est garnie de poterie, de bouteilles de différentes nuances de tons pastels : idée magique, effet benêt.

Avant de découvrir ma chambre, je m’arrête quelques instants dans la salle servant de « cloître » à l’heure du petit-déjeuner. Elle se déploie à gauche de l’escalier central en rentrant.

Chaque façade de la pièce s’ouvre en brèche sur de larges fenêtres côté rue et sur une porte-fenêtre côté cour. Sur le large mur contre lequel vient se lover le même canapé anis disposé dans la réception, mon regard est attiré par un détail artistique fort, cette sculpture de Loris Cecchini, un travail réalisé à même le mur principal dans un effet écrin tourbillonnant, tels des cercles ondulants de gouttes d’eau. L’éclat optique est captivant.

Le mobilier, dans une association et juxtaposition de canapés Œdipe, de tables Bishop en marbre noir, de chaises en bois, de tables aux pieds en forme de pâquerette, de fauteuils en rotin, dont le modèle « Emmanuelle » si iconique, portent dans leur intégralité la signature d’India Mahdavi. Des tentures à chaque ouverture, des coussins, arche voûtée d’origine, l’ensemble dégage une forte personnalité dans un juste équilibre réussi. Ici les apports contemporains ne se sont pas faits au détriment du lieu.

Le couloir menant aux chambres rayonne de clarté grâce à sa peinture bleu ciel revêtue sur les murs. Une luminosité en fulguration qui joue de contraste avec la faïence noir et blanc recouvrant le sol.

C’est la chambre « Une » qui m’est attribuée. Une surprise. C’est aussi la chambre préférée de Madame India Mahdavi, une confidence personnelle que me fera l’architecte des lieux. Une chambre spacieuse, colorée, raffinée, au goût précis et défini, donnant directement côté Sud, en liaison avec le soleil de la Provence.

Je craque pour le mobilier en rotin présent dès l’entrée, dont ce banc judicieusement placé devant la fenêtre en vis-à-vis des placards et du miroir. C’est entre ces deux placards que l’on accède via une porte dans la salle de bain. Une baignoire y trône magistrale au pied de la fenêtre. La diffraction de la lumière en ce début d’après-midi inonde chaleureusement la pièce. C’est poétique, presque théâtral, dans un rendu flouté me rappelant quelques photos de David Hamilton.

Le miroir « trèfle », le meuble lavabo aux formes arrondies, clin d’œil aux tables et tabourets iconiques « Bishop », les patères jaunes en forme d’étoile de Mer à quatre branches, le tabouret formica avec imprimés photos, la faïence courant du sol et grimpant jusque sur les murs, tout apporte de la gaieté.

La chambre en elle-même se divise en plusieurs espaces : un salon composé de tables basses modèles « Weekend », d’un canapé et de fauteuils « Cap Martin », d’un miroir aux courbes florales, d’une tête de lit spécialement imaginée pour l’endroit, à larges spirales irrégulières rappelant Calder, tissée dans les Ateliers d’Aubusson.

Devant une fenêtre s’étirant vers les plafond, je ne peux m’empêcher d’admirer quelques instants le bureau orange vintage plastique chiné à L’Isle-sur-la-Sorgue. Le temps d’une séance photo, j’y poserai ma machine à écrire vintage chinée le jour même chez une brocanteuse artiste du Vieux Arles Made Aqui

Au sol, tout en continuité, la même faïence style rétro apporte harmonie et un contraste fait de douceur, de chaud et de froid: les poutres d’origine, le rotin, le velours, la pénombre, le bleu turquoise de la peinture murale, le marbre, la faïence. La fenêtre, habillée de grands voilages, donne sur les toits de tuile bien reconnaissables de la ville, avec vue sur l’arbre centenaire et sur une vigne vierge courant à sa guise le long des murs et des volets. C’est romantique à souhait. Chaque pièce intégrante de la chambre communique avec sa subséquente offrant la possibilité de se déplacer en toute liberté.

Je vais m’octroyer une petite pause avant de finir de m’installer dans cette chambre magique. Les journées raccourcissent vite en Automne mais le soleil est encore étincelant. Je ne peux m’empêcher d’aller profiter de la terrasse sur le toit de l’hôtel. Un petit nid magique suspendu, suspendant la course du temps. Je m’y fais servir un thé et quelques friandises. L’espace est aménagé de tables et de fauteuils en forme de trèfles à quatre feuilles. La vue dégagée sur Arles et le Cloître Saint-Trophime vaut bien l’attardement. Instants magiques à hauteur d’oiseau.


Ce soir, je profite pleinement de l’hôtel en passant ma soirée à l’Épicerie du Cloître où j’ai réservé une table sous les guirlandes lumineuses ornant et enlaçant les rameaux du Paulownia.

L’Épicerie c’est le restaurant multiple de l’hôtel du Cloître ouvert aux heures des repas et proposant des formules apéros, tapas, plats, menus dans un choix varié et simple de produits locaux sous la direction d’Armand Arnal, le Chef étoilé du restaurant La Chassagnette (voir l’article afférent). La sélection est saisonnière, les formules voyagent de la Provence jusqu’au Japon en passant par l’Espagne, à emporter ou à déguster sur place, au partage ou à la convivialité. Une planque toute arlésienne qui me séduit. Ce soir, je commande plusieurs tapas. Ambiance provençale rêvée.

Au petit matin, je m’apprête à descendre le grand escalier central tout en bois et tomette, comme dans les grandes demeures d’antan, afin d’aller prendre le petit-déjeuner servi, en cette saison, à l’intérieur de l’hôtel. Je rejoins donc cette salle historique aménagée avec modernité. Je suis une nouvelle fois émerveillé par la beauté du sol et ses dessins de faïence fabuleux.

Le buffet est délicieusement dressé dès l’entrée sur une grande table de marbre noir toute rotonde. Tout est là pour les plus gourmands, petit-déjeuner complet et généreux, viennoiseries locales, variétés de pains arlésiens, fruits secs, noix, figues, fruits frais, muffins, madeleines, cakes, céréales, jus de fruits pressés le matin même, charcuterie, fromage et yaourt local. Un début de journée au calme, vitaminé.


L’hôtel Le Cloître, c’est une parenthèse privilégiée, tout en secret, confinée, cachée à l’abri du tumulte des touristes. C’est une adresse toute provençale, une maison intime, un coin de paradis avec l’accord parfait du design, du passé, de la modernité et de l’Histoire avec un grand « H ». Madame India Mahdavi aura su non seulement redonner vie à cette maison mais à lui apporter une nouvelle fraîcheur, une nouvelle âme.

Merci à chacun des personnels de l’hôtel du Cloître de m’avoir permis de vivre une expérience unique. Vous m’avez accueilli en ami.

Le Cloître – 18 Rue du Cloître – 13200 Arles – Tel : +33 (0)4.88.09.10.00 Email :  contact@lecloitre.comhttps://www.lecloitre.com Les Maisons d’Arles – 7-9-11 Rue de la République – 13200 Arles – Tel : +33.4.90.97.20.29 Email : contact@lesmaisonsdarles.frhttps://www.lesmaisonsdarles.fr India Mahdavi – https://india-mahdavi.com Made Aqui – Boutique / Atelier de design responsable à Arles – 28 rue de Chartrouse – 13200 Arles Email : made.aqui.arles@gmail.com

Crédit photos : David Deslux – https://www.instagram.com/david_deslux/ Lionel Desruelles – https://www.instagram.com/lionel_desruelles/

Un commentaire sur “Le Cloître

Répondre à jeanine1925 Annuler la réponse.

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s